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Philippe Meste


Philippe Meste s’inscrit, dans son intervention à Berlin, toujours sur son propre territoire artistique ; sur la frontière étroite entre la dénonciation du système de contrôle et sa parodie. Le contrôle sur l’espace et sur les individus est redoublé, mais ce redoublement ne prend pas la forme d’une farce.

1- L’installation cartographique-photographique qui est disposée dans le hall de la kunstraum. Par l’analyse d’une image satellite issue d’un espionnage improbable, une structure en béton, difficilement identifiable, se trouve répétée dans un maillage urbain, à intervalles réguliers. Dans ce lointain pays (l’artiste ne peut le nommer, ni les sources, les contacts lui ayant permis d’accéder à ces informations confidentielles) des structures en béton constituent des abris individuels pour soldats, agents de l’ordre en faction. La ville est ainsi quadrillée de mini bunkers, seuls éléments de régularité dans le fatras de la ville. D’une certaine façon, si l’histoire se répète avec distorsions, les éléments architecturés présents dans ces cartes balbutient, et il y a loin de ces édifices aux bunkers géants de la DCA qui surplombèrent Berlin. Mais, si les formes varient, l’organisation de la pulsion de sécurité, elle, persiste, se ramifie et se complexifie.
2- Les personnes. Dans la performance qu’il a réalisé le 28 juin 2003 à la kunstraum, Philippe Meste se met en danger, mais, plus encore, manifeste à son public berlinois le danger de l’approcher. Installé sur un cours piédestal, l’artiste attend son public, dans un espace restreint, et les cravaches à la main (au sens littéral du terme). Le propos n’est pas ici de " rafraîchir les idées ", mais bien de montrer le rapport pervers, et complice, que chaque visiteur entretient à l’autorité, et l’acceptation que cela implique de violation de son espace vital. Dans l’instauration de cette drôle de proxémique, quasi sado-maso, Philippe Meste instaure un dialogue minimal. Il traque du regard (derrière des ray bans de geôlier), flagelle, voire fouette son visiteur incrédule. Comme s’il touchait là à l’invariant de toute relation humaine. [ La vidéo-résultat rappelle un interrogatoire filmé, mais dans lequel il n’y aurait même plus de jeu questions-réponses, car tout est dit-montré par la situation même.]

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